Marie Tudor au Lucernaire

14122012

Pascal Faber revient au Lucernaire avec Marie Tudor, drame hugolien qu’il avait déjà monté en 2002 dans ce même théâtre. La mise en scène est subtile, les comédiens sont excellents. Ils nous livrent ici un moment d’une intensité peu commune. 

Marie Tudor au Lucernaire dans Critiques index-tudor

Fabiano Fabiani, Italien de naissance et favori de la reine Marie Tudor, a séduit Jane, la jeune fiancée de Gilbert, ouvrier-ciseleur. Simon Renard, diplomate représentant le roi d’Espagne (futur époux de Marie Tudor), met tout en œuvre pour faire exécuter Fabiani, qu’il considère comme un intriguant.

La mise en scène de Pascal Faber souligne, à bien des égards, le caractère intemporel de la pièce. Le parti pris est celui de la simplicité, de la sobriété. Qui a lu Hugo connaît son goût prononcé pour les didascalies et les indications scéniques ; on ne retrouve ici qu’un plateau noir, parsemé de quelques accessoires (un tapis, un siège, deux tentures). Fumigènes et lumières suffisent à suggérer les lieux et le complot. Quant aux costumes, démodés et élégants, ils ne font référence à aucune époque particulière. Pas d’emphase, donc, mais une sincérité toute nue qui souligne l’universalité du propos. Après tout, l’amour et le pouvoir sont des thématiques qui n’appartiennent à aucun siècle.

Intemporalité qui se retrouve également dans la bouche des comédiens, tous excellents. Il n’est pas donné à tout le monde de jouer du Victor Hugo en conservant son naturel. Tout est là, les comédiens ne déclament pas. Ils sont. Le casting est homogène et chacun défend son personnage avec un engagement remarquable. Pierre Azema (Gilbert) est criant de vérité en ouvrier à la fois doux, passionné et violent. Stéphane Dauch, qui interprète le Juif et un lord anglais, est méconnaissable quand il passe d’un rôle à l’autre. Florence Cabaret est particulièrement impressionnante, reine jusqu’au bout des ongles, femme amoureuse et blessée, tyran assoiffé de vengeance. Jusqu’à la toute fin, elle tient l’intensité de la pièce.

Un final d’une rare intensité

Le final est de toute beauté et offre une conclusion parfaite à une histoire marquée par la dualité : Marie ne sait pas si elle doit suivre son cœur ou remplir son devoir, Jane est roturière et noble, les passions amoureuses se répondent… Finalement, un homme monte à l’échafaud. Est-ce Gilbert ou Fabiani ? L’incertitude s’installe. Marie et Jane assistent impuissantes à l’exécution. Florence Cabaret et Florence Le Corre (Jane) sont tout simplement sublimes. Doute, espoir, torture de l’attente, rage, tout y est. Quand enfin on apprend qui est mort et qui vivra, la détresse de celle qui perd touche au cœur le spectateur. Poignant. Du grand théâtre.

Marie Tudor, de Victor Hugo. Mise en scène : Pascal Faber. Avec : Pierre Azema, Florence Cabaret, Stéphane Dauch, Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Sacha Petronijevic, Flore vannier-Moreau. Du mardi au samedi à 21h30, les dimanches à 15h. Jusqu’au 12 janvier 2012 (relâches : 18 décembre 2011 et 7 janvier 2012). Au théâtre du Lucernaire.

 




La quête de Pan Nalin

14122012

Nous sommes en 1947, quelque part en Inde ou au Pakistan. Dans un asile d’aliénés, les détenus s’entretiennent de la Partition et de la politique des deux gouvernements d’échanger leurs prisonniers hindus, sikhs et musulmans. Saadat Hasan Manto publia Toba Tek Singhen 1955 et le cinéaste Pan Nalin adapte aujourd’hui la nouvelle sur grand écran. Après plusieurs documentaires, dontAyurveda sur la médecine traditionnelle et deux long-métrages, Samsara et La Vallée des Fleurs, le réalisateur indien autodidacte use une nouvelle fois de son incroyable talent pour explorer une autre facette du monde qui nous entoure : la liberté.

La quête de Pan Nalin dans Interviews et Portraits pannalinvof1a

Dans la vie comme au cinéma, Pan Nalin s’exprime par métaphores. Ses films parlent de quêtes spirituelles, d’érotisme, de sensualité, de foi et de société. Ils traitent de l’existence et de la vie après la vie avec habileté, clairvoyance et poésie. Chaque image est une clé de lecture pour les avertis, chaque œuvre cinématographique est une réflexion spirituelle pour les profanes. Entretien.

Audrey Brière : Pan Nalin, vous adaptez actuellement au cinéma Toba Tek Singh, une nouvelle de Saadat Hasan Manto qui relate l’échange d’aliénés hindus, sikhs et musulmans entre l’Inde et le Pakistan après la Partition de 1947. Dans cette nouvelle à multiples facettes, quelles dimensions vous ont attiré ?

Pan Nalin : J’ai aimé le message de ce court récit. Quand la partition et le fanatisme gangrène les peuples, le concept même de liberté n’a plus de sens. Que signifie être libre ? Est-ce être libéré d’un oppresseur, d’une dépendance, d’un désir ? Ou bien du conditionnement, des médias, de l’humanité ? À partir de 1947, les lois du colon s’en sont allées mais d’autres règles se sont instaurées. De nos jours, c’est notre esprit qui est colonisé plus que notre corps. L’inconscient est assailli par diverses influences et opinions et personne n’a le temps ou la motivation de le secouer. Cette nouvelle pose les bonnes questions, celles que devrait se poser l’inconscient : que signifie être libre ? Qu’est-ce qu’un pays ou une frontière ? Au sein d’un peuple, où se situe la frontière ? Entre les Juifs et les Musulmans, les riches et les pauvres, les fous et les autres ? J’essaye de faire un film qui soit moderne et universel, un film au delà de toutes les frontières, quelles qu’elles soient. Un film vrai, honnête, perspicace, basé sur une histoire humaine. Un film qui soit toutes les couleurs de l’arc-en-ciel à la fois : l’amour, le rire, l’attente, la tristesse, la nostalgie. Un film sain sur la démence, une histoire démente sur l’équilibre. C’est un film fou, et je suis assez fou pour le réaliser.

A.B. : Comment fait-on d’une nouvelle de quelques pages un long métrage de plusieurs heures ?

P.N. : C’est un processus purement créatif. La nouvelle écrite par Manto est telle une graine que l’on plante dans le sol. Puis un jour, à force de mûrir, cette graine devient un arbre majestueux. Mon film est comme cet arbre.

A.B. : Parlons de spiritualité, thème récurrent dans votre travail. Beaucoup prêchent l’ascétisme, la faculté de se détacher de toutes les émotions humaines pour arriver à l’Éveil. D’autres disent qu’au contraire la plénitude des expériences vécues y conduit. Quelle est votre position ?

P.N. : Vous oubliez la troisième voie ! On peut empruntez l’un de ces deux chemins, mais chacun se doit de trouver sa propre route. Pour cela, il faut acquérir la connaissance de soi-même. En ce qui me concerne, les extrêmes ne sont pas des réponses. Trop d’ascétisme ou trop d’émotions ne sont pas les chemins que j’aimerais suivre. Si vous tendez trop la corde d’une guitare, elle cassera. Si elle n’est pas assez tendue, la note ne pourra être jouée. Il faut trouver l’équilibre, le juste accord qui fera vibrer la musique de la vie.

A.B. : Dans Toulkous, il est dit que Bouddha préconise de ne pas accepter son enseignement sans en avoir fait l’expérience. Cependant, les enfants sont envoyés au monastère pour devenir moines dés leur plus jeune âge. Ils sont donc, pour ainsi dire, vierges de toute expérience. Y a-t-il paradoxe ?

P.N. : En effet, c’est paradoxal. À l’instant où la foi devient religion, les problèmes commencent. À l’instant où la spiritualité devient un dogme ritualisé, de tels paradoxes sont inéluctables.

A.B. : Un proverbe indien dit la chose suivante : l’Occident a la montre, l’Inde a le temps. Dans vos films, Tashi médite pendant 3 ans, 3 mois et 3 jours ; les amants de laVallée des fleurs traversent les époques. Pourtant, votre métier est soumis à de nombreux impératifs de temps et d’argent. En définitive, quel rythme est le vôtre ?

P.N. : Mon rythme est gouverné par de nombreuses forces extérieures. Plus j’essaye d’être original, plus la tâche est ardue car aujourd’hui, personne n’a le temps ou l’argent pour produire le genre de films que je réalise. Ainsi, je tente de m’élever par ce qui me fera peut-être sombrer. J’utilise les recettes de divertissement qui existent déjà, je les adapte, travaillant subtilement sur l’esprit du spectateur. Je prépare des films d’action, surnaturels, des thrillers, etc. Je ne souhaite pas être catalogué, j’aime changer avec le temps et la vie. C’est ce changement, précisément, qui dicte mon rythme.

A.B. : La réincarnation est fortement présente dans votre travail. Vous-même, connaissez-vous ce sentiment de nouvelle naissance chaque fois que vous débutez un nouveau projet ?

P.N. : À vrai dire, tout à fait ! Grâce à cette « renaissance », je reste jeune dans mon cœur et dans mon âme. Elle confère un regard neuf à mon propre monde. Chaque fois, je réapprends à ramper, puis à marcher. À parler de nouveau. Depuis que le cinéma existe, les êtres humains renaissent à chaque nouveau film.

A.B. : Qui vous inspire ?

P.N. : L’inspiration est un drôle de phénomène. La mienne change chaque jour, à chaque instant. La liste détaillée serait très longue ! Pour ne nommer que quelques sources, la vie est ce qui m’inspire avant toute chose, ainsi que la mort. Puis il y a mes parents et ma propre condition de père. Il y a la haine, la colère du monde et mes propres ressentiments. Il y a l’amour que je donne et l’amour que je reçois. Il y a parfois la vie d’un grand homme, d’autres fois la vie sans valeur d’un moins grand homme. Il y a parfois des gens avec un message, d’autres fois un animal qui n’en a pas. Je pourrais continuer longtemps…

A.B. : Comment, quand on veut être original, peut-on utiliser un système déjà existant pour réaliser ses ambitions ?

P.N. : On ne peut pas. Chaque fois, c’est un cauchemar. On lutte tellement que l’on en oublie sa famille, que l’on en perd des amis. Pourtant, il faut continuer. Il ne s’agit même plus d’adopter un point de vue original, mais simplement de raconter une histoire qui touche les hommes dans leurs cœurs, une histoire qui divertit et qui inspire à la fois. Mais les systèmes médiocres génèrent de médiocres productions. Celui qui les consomme devient médiocre à son tour sans même s’en rendre compte. La suralimentation de la vue et de l’ouïe a pollué les esprits au delà de toute conscience. Nous devons absolument lutter contre cette altération des sens. Les esprits sains pourront ainsi lutter efficacement contre toutes les autres formes de pollution.

A.B. : Quand on est réalisateur, penser à l’argent nécessaire pour  faire le film entrave-t-il l’imagination ?

P.N. : Non, du moins pas quand j’écris et que je crée mon monde sur le papier. Bien sûr, certains fruits de mon imagination ne verront jamais le jour pour des raisons financières, mais je me refuse à laisser ces préoccupations entraver le flot de mes idées. Le pouvoir de l’argent contrôle peut-être les images, mais certainement pas l’imagination.

A.B. : Essaye-t-on de vous convaincre de ne pas faire vos films ?

P.N. : Oui, ça arrive. Mais il faut ouvrir son esprit et ne pas se laisser enfermer dans les genres ou les labels commerciaux. Le plus important est de continuer à faire des films. Quant à moi, j’ai la chance d’avoir un peu de talent et une imagination débordante. Donnez-moi un simple verre d’eau et je vous en révélerai la profondeur.

A.B. : En tant que réalisateur, gardez-vous le contact avec vos acteurs une fois la collaboration terminée ?

P.N. : Toujours. Les films se font avec de l’amour plus qu’avec de l’argent. Bien sûr, l’aspect financier permet aux gens de se retrouver pour travailler, mais c’est l’amour qui produira un bon film. Malheureusement, le système contemporain est caractérisé par un travail industriel sans chaleur. J’essaye pour ma part d’instaurer la meilleure atmosphère possible sur les tournages, afin que chaque membre de l’équipe se sente comme chez lui. Je suis tellement heureux quand de solides amitiés se tissent sur mes plateaux ! Certaines amitiés sont même devenues des histoires d’amour… Nous avons connu au moins quatre mariages ! Et comme les membres de l’équipe viennent souvent de treize ou quatorze pays différents, le film appartient à de nombreuses nationalités.

A.B. : Vous disiez, du temps de la Vallée des Fleurs, chercher votre voie cinématographique. Vous en rapprochez-vous ?

P.N. : Pas tellement. Mais je suis le chemin, je profite de mon voyage et ne suis pas pressé d’arriver à destination.

A.B. : N’est-ce jamais épuisant d’être unique, de n’appartenir à aucune famille de cinéma ?

P.N. : Incontestablement, et cela provoque l’isolement. En France, je suis un réalisateur indien et en Inde, je suis un réalisateur français. Du coup, je ne suis jamais invité nulle part pour le travail ou même pour le plaisir. Ajoutons à cela que je ne marche pas dans les sentiers traditionnels, les gens ont l’habitude de me juger uniquement sur un ou deux films. Ils me classent tel un fichier informatique dans leur ordinateur porteur de la mention « à voir ».

A.B. : Quel sentiment vous habite une fois le film achevé ?

P.N. : C’est terminé ? Vraiment ? La fatigue des mois de travail m’assaille d’un seul coup et je dors jours et nuits. Je ressens alors une parfaite félicité.

Propos recueillis par Audrey Brière

Photo : tournage de La Vallée des Fleurs, © DR




Le songe d’une nuit d’été

13122012

Nicolas Briançon revisite avec audace la comédie shakespearienne Le songe d’une nuit d’été. Piquante et d’une étonnante fraîcheur, sa mise en scène ne manquera pas de rallier tous les suffrages. Jusqu’au 31 décembre au théâtre de la Porte Saint-Martin.

Le songe d’une nuit d’été dans Critiques index-songe

Crédit photo : Bernard Richebé

Il fallait oser transposer l’une des plus fameuse comédies de Shakespeare dans un décor « seventies ». Scénographie sur le modèle boîte de nuit, perruques disco, strass, chapeaux melons, bottes compensées… Nicolas Briançon ose tout, des interludes chantés aux danseuses vêtues de cuir. Or, le côté « clinquant » de l’affaire n’ôte rien à la poésie shakespearienne (contrairement à ce que l’on aurait pu croire). La féérie du royaume des fées et l’atmosphère feutrée, parfois inquiétante, de la forêt sont restituées avec succès. Bref, une mise en scène maîtrisée et efficace. Mais ce qui nous séduit réellement, c’est l’ambiance décomplexée qui règne sur scène. On pourrait presque entendre l’ultime recommandation du metteur en scène aux comédiens : éclatez-vous ! Personne ne se prend au sérieux. Plaisir et amusement, tels sont les mots d’ordre de ce spectacle dynamique.

Talents multiples

Et c’est bien cette légèreté de jeu qui révèle le talent de nombreux comédiens. Les quatre amoureux attendrissent dans leurs élans de sincérité ; Marie-Julie Baup interprète avec brio une Helena attachante, pleine d’humour et d’esprit. Thibault Lacour, en pattes d’eph’ et col roulé, compose un Lysandre assoiffé de vitalité, différent des habituelles représentations lisses et sages que l’on en fait. Quant à Yves Pignot, il interprète un Bottom fantasque et haut en couleur. Son jeu, exagérément outré, fonctionne à la perfection.

Un vent de liberté souffle Porte Saint-Martin. Nicolas Briançon relooke Shakespeare et réussit à restituer toute la romance, la farce et l’enchantement propre au Songe. Un excellent moment de théâtre.

Le Songe d’une Nuit d’été, de William Shakespeare. Mise en scène Nicolas Briançon. Avec Lorànt Deutsch, Mélanie Doutey, Yves Pignot, Marie-Julie Baup, Davy Sardou, Nicolas Briançon, Laurent Benoit, Ofélie Crispin, Dominique Daguier, Armelle Gerbault, Thibault Lacour, Léon Lesacq, Maxime Lombard, Thierry Lopez, Jacques Marchand, Elsa Mollien, Carole Mongin, Maurine Nicot, Jessy Ugolin et Anouk Viale. Au théâtre de la Porte Saint-Martin – Paris Xe, du 10 septembre 2011 au 31 décembre 2011. Réservations au 01 42 08 00 32




Pouchkine, le making-of

13122012

En 2010, j’ai participé à la création d’une pièce de théâtre relatant la vie d’Alexandre Pouchkine, poète russe du XIXe siècle et personnage haut en couleurs. A partir de nombreuses heures de rush, j’ai réalisé un making-of, dont voici un condensé.

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Que s’est-il réellement passé depuis le 7 mai 2007 ?

10122012

A mi-mandat de la présidence de Nicolas Sarkozy, la rédaction de Mediapart fait paraître un ouvrage détonant, « N’oubliez pas ! Faits et gestes de la présidence Sarkozy », sous la direction d’Edwy Plenel. Discours de Dakar, police de l’ombre, laïcité, relations avec Obama, politique d’expulsion, etc. : au moyen d’une trentaine d’enquêtes, les journalistes s’emploient à décrypter des faits brouillés par l’hyperactivité brumeuse du président. LeMagazine.info a rencontré Sophie Dufau, rédactrice en chef adjointe de Mediapart et coordinatrice de l’ouvrage.

Que s’est-il réellement passé depuis le 7 mai 2007 ?   dans Presse web et magazine

Lemagazine.info : En quoi N’oubliez pas ! … se distingue-t-il des nombreux ouvrages consacrés à la personnalité ou à l’action de Nicolas Sarkozy ?

Sophie Dufau : Tout d’abord, c’est un livre écrit par un collectif de vingt-cinq journalistes, qui ont rédigé de longs articles sur les thématiques sociales, politiques ou économiques dont ils sont spécialistes. Il y a donc plusieurs sons de cloches, contrairement à un ouvrage écrit par une seule personne. Ensuite, il s’agit d’un état des lieux. Comme dans toute enquête journalistique, les événements sont déroulés à partir d’un constat initial, sans que l’enquêteur ne tombe dans l’idéologie ni ne prétende à un bilan exhaustif. Par exemple, quand nous rappelons que la maison à quinze euros par jour n’a pas fonctionné (seules quinze maisons sont sorties de terre en 2009 alors qu’on en prévoyait 30 000 en 2010), nous reprenons les propos de Benoist Apparu, le secrétaire d’état au logement, dans une interview accordée à Capital.fr le 12 octobre 2009. J’ajoute que N’oubliez pas s’appuie sur un rappel des faits très précis, grâce à une chronologie de 300 dates.

Lemagazine.info : Vous prenez pour postulat de départ que la présidence Sarkozy est une succession de petites et grandes histoires, une « déréalisation » de la politique menée à grands renforts de coups médiatiques et d’« activisme échevelé ». Est-ce là une caractéristique propre à Nicolas Sarkozy ou bien plutôt à l’époque actuelle, qui tend à la sur-médiatisation des personnalités politiques ?

Sophie Dufau : Ce qu’on appelle le « storytelling », le fait de raconter une histoire qui permet de « déréaliser » le quotidien, n’est pas nouveau en soi. Cela se pratique depuis longtemps aux États-Unis. En revanche, la nouveauté a été de franchement le revendiquer pendant la campagne présidentielle. Henri Guaino a dit : « La politique, c’est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d’écrire et de raconter une histoire ». Alors même si le storytelling existait déjà, Nicolas Sarkozy en a fait son mode de présidence de façon systématique. C’est une stratégie de médiatisation et de communication. Or, sous les histoires (rencontre avec Carla Bruni, etc.), il se passe plein de choses ! La police de l’ombre a doublé ses effectifs ; sur les trois millions de chômeurs, un million sera en fin de droits en 2010, etc. Mais ces effets sur le réel sont trop peu visibles. D’où ce livre.

Lemagazine.info : Nicolas Sarkozy avait annoncé vouloir mettre fin à la Françafrique (discours du 28 février 2007). Depuis, il semble avoir fait marche arrière. Dans ce domaine comme dans d’autres, Sarkozy est-il si différent de ses prédécesseurs ?

Sophie Dufau : Nicolas Sarkozy a un vrai problème avec la politique étrangère : il ne s’y intéresse pas. Alors en Afrique et même dans les DOM-TOM, il est obligé, pour gouverner paisiblement, de réactiver les réseaux chiraquiens. Par exemple, la fille de Lucette Micheaux-Chevry, ancienne ministre de Jacques Chirac, a été nommée secrétaire d’État à l’Outre-mer. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy n’est pas très différent de ses prédécesseurs. Par contre, dans l’Hexagone, on constate de gros changements dans la pratique du pouvoir. Au moment de la crise géorgienne, le président s’occupait du dossier de tout-à-l’égout de ses beaux-parents ! La connexion entre la vie privée et la vie publique n’a jamais été aussi forte. Il y a une vraie désinhibition. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy attaque la presse tout azimut pour atteinte à l’image : la poupée vaudou, la pub Ryanair… Les autres présidents se seraient simplement offusqués. Mitterrand et Giscard avaient d’ailleurs pris le parti de ne plus attaquer la presse en diffamation. Sarkozy fait montre d’une volonté d’intimidation d’une expression qui lui déplaît. Enfin, il dirige son gouvernement comme une entreprise. M. Sarkozy veut faire du business. D’ailleurs, on se rend compte que toutes les réformes de société se sont soldées par des échecs ! Banlieues, santé, logement, éducation… On supprime les postes, on privatise, on baisse les coûts. Aucun projet de société, uniquement un vocabulaire économique, de business. Là est la vraie rupture.

Lemagazine.info : Vous dénoncez également une mainmise sur les médias. Selon vous, quelles sont aujourd’hui les menaces qui pèsent sur leur indépendance et quel impact peuvent-elles avoir l’élection présidentielle de 2012 ?

Sophie Dufau : Il faut distinguer plusieurs types de pressions. D’abord sur la presse papier, avec tous les amis du président qui sont aux commandes des journaux : Lagardère détient tout le groupe Paris Match Boloré détient Direct Soir, Direct Matin, la banque Rothschild est toujours actionnaire majoritaire de Libération. Ensuite, il y a l’intimidation. Patrick Poivre D’Arvor a été éjecté de TF1 (dont Martin Bouygues, ami très proche du président, est l’actionnaire principal) pour avoir osé comparer Nicolas Sarkozy à un petit garçon qui arrivait à son premier conseil européen tout excité… Il n’a pas fait long feu. Même chose pour Alain Genestar à Paris Match, quand il a publié la photo de Cécilia Sarkozy avec son amant. Le message est très clair : si l’on dépasse les limites, c’est la porte. Même si l’on s’appelle PPDA. Ce qui conduit les journalistes à s’auto-censurer. Enfin, il y a les pressions économiques, notamment sur des sites internet comme le nôtre, qui passe par une instrumentalisation de la justice : les plaintes en diffamation pleuvent et coûtent extrêmement cher aux médias. Toutes ces pressions vont exister pendant la campagne de 2012. De plus, le storytelling vise également à contrôler l’agenda médiatique. Reuters a triplé son budget pour couvrir l’Élysée. Pourquoi ? Parce qu’avant, quand un président faisait un discours, les médias en recevaient les grandes lignes et en fonction de son contenu, envoyaient des journalistes couvrir l’événement ou non. Aujourd’hui, les médias ne sont au courant de rien en amont. Donc ils mobilisent des effectifs et pendant ce temps, ils ne couvrent rien d’autre. Le storytelling, c’est aussi ça : envoyer les journalistes là où on a envie qu’ils soient. On maîtrise ainsi l’information.

N’oubliez pas ! Faits et gestes de la présidence Sarkozy, par la rédaction de Mediapart, sous la direction d’Edwy Plenel. Éditions Don Quichotte. 19,90€.

Mediapart.fr est un journal d’information en ligne créé en mars 2008 autour d’Edwy Plenel, ancien directeur des rédactions du Monde.




Kyrie Eleison, l’état de grâce

9122012

Kyrie Eleison, l'état de grâce dans Publi-reportage kyrie




Gérard Mulot

8122012

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Photographes de mode – Made in… THE STREET

5122012

Photographes de mode - Made in... THE STREET dans Presse web et magazine select2




Malles des temps modernes

4122012

Malles des temps modernes dans Presse web et magazine select11




A UN MOIS DE LA PRÉSIDENTIELLE, LE GOUVERNEMENT ACCENTUE LA RÉPRESSION CONTRE LA PRESSE INDÉPENDANTE

3122012

Publié le mardi 26 février 2008

A un mois de l’élection présidentielle zimbabwéenne, prévue le 29 mars 2008, Reporters sans frontières constate que la répression gouvernementale contre les médias indépendants s’accentue. « Ces persécutions visent à insuffler un sentiment de peur dans l’opinion publique avant la tenue du scrutin, le 29 mars », a déclaré l’organisation.

A un mois de l’élection présidentielle zimbabwéenne, prévue le 29 mars 2008, Reporters sans frontières constate que la répression gouvernementale contre les médias indépendants s’accentue. Journalistes interpellés, convoqués afin qu’ils révèlent leurs sources, inculpés de « publication de fausses nouvelles », journaux menacés de fermeture s’ils n’obtempèrent pas : autant de persécutions qui menacent gravement la liberté de la presse avant le scrutin.

« Que la police et la sinistre Central Intelligence Organization (CIO) s’en prennent aux médias et aux opposants n’est pas une nouveauté. Lors de l’élection de 2000, elles constituaient déjà le noyau dur de la répression contre les journalistes. Ces interpellations, tentatives d’intimidation et autres persécutions visent à insuffler un sentiment de peur dans l’opinion publique avant la tenue du scrutin, le 29 mars », a déclaré l’organisation.

Le 9 février 2008, des agents de la sécurité de l’Etat ont pénétré dans les locaux de l’hebdomadaire privé The Masvingo Mirror, exigeant qu’on leur révèle les sources de deux articles, intitulés « Major Mbudzi ties the bell around the Cat’s neck » et « Makoni’s national surgical operation Mbudzi speaks out ». Parus dans l’édition du 8 au 14 février, ces articles faisaient référence à la candidature de Simba Makoni, ancien ministre des Finances, et nouvel opposant au président Mugabe.

« Deux hommes, vêtus de costumes sombres et portant des lunettes noires, ont exigé de connaître nos sources et ont menacé de fermer le journal si on continuait à publier des histoires néfastes pour le gouvernement », a expliqué Regis Chingawo, le rédacteur en chef du journal. Il a ajouté qu’il était « évident » que la publication des remarques de Mbudzi, porte-parole du parti présidentiel à Masvingo, décrivant le président Robert Mugabe comme un « chauffeur de bus qui s’est endormi sur le volant et qui refuse de laisser quelqu’un d’autre conduire », avaient « agacé » la sécurité de l’Etat.

Une semaine plus tard, le 17 février, des membres de la police anti-émeutes lourdement armés ont procédé à l’arrestation de Fazila Mohammed, journaliste indépendante, alors qu’elle couvrait un affrontement entre les fidèles de deux évêques aux affiliations politiques divergeantes, à la cathédrale Sainte-Marie de Harare. La journaliste s’est vu confisquer son magnétophone avant d’être libérée. Convoquée le 18 février au commissariat central de Harare, elle a finalement été relâchée sans qu’aucune charge soit retenue contre elle.

Le 18 février, Blessed Mhlanga, James Muonwa et Wycliff Nyarota, de l’hebdomadaire The Network Guardian, ont comparu devant le tribunal de Kwekwe (Centre), pour « publication de fausses nouvelles » dans un article du 26 mars 2006. Le juge a fixé la date de leur procès au 15 avril 2008.

Trois jours plus tard, le 21 février, à Harare, le ministre de l’Information et de la publicité, Sikhanyiso Ndlovu, a menacé de sanctionner sévèrement l’hebdomadaire The Financial Gazette si un article faisant état de dissensions au sein du parti présidentiel n’était pas immédiatement retiré. « Je n’hésiterai pas à instaurer les mesures coercitives nécessaires pour que ce journal respecte la loi », a déclaré le ministre. Cet article expliquait que certains membres du parti, de plus en plus méfiants, avaient refusé de signer les documents







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