La Pitié Dangereuse au Lucernaire

17 12 2012

Elodie Menant adapte pour la scène le premier roman de Stefan Zweig, une histoire d’amour sublime et captivante qui questionne sur les dangers de la pitié que nous inspire la souffrance d’autrui. 

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Autriche-Hongrie, 1913. Un jeune officier répondant au nom d’Anton Hofmiller suscite bien malgré lui le fol amour d’Edith Kekesfalva, jeune paralytique et fille d’un riche propriétaire de la région. Pris de compassion, Anton ne peut se résoudre à l’éconduire. Mais l’affaire ne sera pas sans conséquences dramatiques.

Stéphane Olivié Bisson livre ici une mise en scène toute en finesse, mais néanmoins d’une rare intensité. Les costumes oppressants (Anton est engoncé jusqu’au cou dans son habit d’officier, Edith dans une robe de dentelles suffocante) et la lumière blanche et diffuse contribuent à envelopper les protagonistes d’un halo d’irréalité, qui créé une sensation de rêve. Certaines scènes (on pense notamment aux fiançailles d’Edith et Anton, qui ont des allures d’enterrement) ne sont pas sans rappeler les peintures hollandaises du XVIIe siècle.

Et puis il y a ce fauteuil, dans lequel Edith semble perdue tant elle est menue, ce monstre à roulettes dont le dossier ressemble à une œuvre d’art, cette chaise de torture dont le déplacement rythme l’enchaînement des saynètes, qui fait froid dans le dos. Il y a quelque chose de glauque dans ce tableau parfaitement ciselé, mais il n’en reste pas moins magnifique.

Une interprétation magistrale

La rencontre entre Edith, jeune fille assoiffée de vie mais clouée dans un fauteuil, et Anton, lieutenant assoiffé d’héroïsme mais contraint à la vie de garnison, fournit un bel exemple de la confusion des sentiments, thème cher à l’œuvre de Zweig. Elodie Menant, qui a adapté le roman pour la scène, et Arnaud Denissel (en alternance avec Maxime Bailleul) sont tout simplement bluffant. Si la pitié est « une impatience du cœur à se débarrasser le plus vite possible de la pénible émotion qui vous étreint face à la souffrance d’autrui », Arnaud Denissel interprète à la perfection ce déchirement terrible entre l’envie de fuir qui le taraude et son code moral, qui veut qu’il reste. Il se débat comme un insecte pris au piège dans une toile d’araignée, la toile d’amour qu’Edith a tissé autour de lui. Subtilement, il jongle entre pointes d’humour et coups d’éclat, entre légèreté et violence. Son dilemme est visible et poignant.

Que dire d’Elodie Menant, si belle et si angoissante, criante de vérité dans le rôle d’Edith ? La comédienne maîtrise à la perfection l’inertie de ses jambes ; elle tombe, rampe, se traîne avec l’énergie du désespoir, cette même énergie qui créé un sentiment de malaise chez ses partenaires et dans le public. Edith pleine de grâce, pourrait-on dire, dont la sincérité des joies et des pleurs vous broie le cœur. Elodie Menant flanque le frisson, et Stefan Zweig ne renierait pas cette pitié-là.

 La Pitié Dangereuse, d’après le roman de Stefan Zweig. Adaptée par Elodie Menant, mise en scène par Stéphane Olivié Bisson. Avec Arnaud Denissel en alternance avec Maxime Bailleul, Elodie Menant, David Salles en alternance avec Roger Miremont, Jean-Charles Rieznikoff, Salima Glamine en alternance avec Alice Pehlivanyan. Au Lucernaire du mardi au samedi à 21h30. Réservations au 01 45 44 57 34.


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