Marie Tudor au Lucernaire
14 12 2012Pascal Faber revient au Lucernaire avec Marie Tudor, drame hugolien qu’il avait déjà monté en 2002 dans ce même théâtre. La mise en scène est subtile, les comédiens sont excellents. Ils nous livrent ici un moment d’une intensité peu commune.
Fabiano Fabiani, Italien de naissance et favori de la reine Marie Tudor, a séduit Jane, la jeune fiancée de Gilbert, ouvrier-ciseleur. Simon Renard, diplomate représentant le roi d’Espagne (futur époux de Marie Tudor), met tout en œuvre pour faire exécuter Fabiani, qu’il considère comme un intriguant.
La mise en scène de Pascal Faber souligne, à bien des égards, le caractère intemporel de la pièce. Le parti pris est celui de la simplicité, de la sobriété. Qui a lu Hugo connaît son goût prononcé pour les didascalies et les indications scéniques ; on ne retrouve ici qu’un plateau noir, parsemé de quelques accessoires (un tapis, un siège, deux tentures). Fumigènes et lumières suffisent à suggérer les lieux et le complot. Quant aux costumes, démodés et élégants, ils ne font référence à aucune époque particulière. Pas d’emphase, donc, mais une sincérité toute nue qui souligne l’universalité du propos. Après tout, l’amour et le pouvoir sont des thématiques qui n’appartiennent à aucun siècle.
Intemporalité qui se retrouve également dans la bouche des comédiens, tous excellents. Il n’est pas donné à tout le monde de jouer du Victor Hugo en conservant son naturel. Tout est là, les comédiens ne déclament pas. Ils sont. Le casting est homogène et chacun défend son personnage avec un engagement remarquable. Pierre Azema (Gilbert) est criant de vérité en ouvrier à la fois doux, passionné et violent. Stéphane Dauch, qui interprète le Juif et un lord anglais, est méconnaissable quand il passe d’un rôle à l’autre. Florence Cabaret est particulièrement impressionnante, reine jusqu’au bout des ongles, femme amoureuse et blessée, tyran assoiffé de vengeance. Jusqu’à la toute fin, elle tient l’intensité de la pièce.
Un final d’une rare intensité
Le final est de toute beauté et offre une conclusion parfaite à une histoire marquée par la dualité : Marie ne sait pas si elle doit suivre son cœur ou remplir son devoir, Jane est roturière et noble, les passions amoureuses se répondent… Finalement, un homme monte à l’échafaud. Est-ce Gilbert ou Fabiani ? L’incertitude s’installe. Marie et Jane assistent impuissantes à l’exécution. Florence Cabaret et Florence Le Corre (Jane) sont tout simplement sublimes. Doute, espoir, torture de l’attente, rage, tout y est. Quand enfin on apprend qui est mort et qui vivra, la détresse de celle qui perd touche au cœur le spectateur. Poignant. Du grand théâtre.
Marie Tudor, de Victor Hugo. Mise en scène : Pascal Faber. Avec : Pierre Azema, Florence Cabaret, Stéphane Dauch, Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Sacha Petronijevic, Flore vannier-Moreau. Du mardi au samedi à 21h30, les dimanches à 15h. Jusqu’au 12 janvier 2012 (relâches : 18 décembre 2011 et 7 janvier 2012). Au théâtre du Lucernaire.

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