Hors-Piste – Histoires de clowns à l’hôpital

17122012

À la Maison des métallos,  Hors-piste relate les aventures rocambolesques de cinq clowns à l’hôpital. A l’origine de ce spectacle, l’association « Le rire médecin » déploie des trésors de créativité au service des enfants malades depuis 20 ans. A voir absolument !

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Hors-Piste est une comédie chorale poignante et pleine d’humour, qui réussit le tour de force de raconter le courageux métier de clown à l’hôpital pour enfants, sans jamais tomber dans le pathos ou le lugubre. Sur scène, cinq comédiens-auteurs endossent successivement les costumes de médecins, de personnel soignant, de parents, d’enfants et de clowns pour transporter le spectateur au cœur d’un théâtre pas comme les autres.

Le metteur en scène Patrick Dordoigne, fort de sa propre expérience de clown, a récréé sur le plateau l’univers aseptisé de l’hôpital. Lumière blafarde des néons, blouses blanches, chariots de soin grinçant doucement… Ici, on ne parle pas, on chuchote. Et soudain, dans un kaléidoscope de couleurs et de paillettes, cinq clowns attifés comme l’as de pique débarquent pour combattre la maladie aux côtés du personnel soignant, armés de serpentins et d’instruments de musique. Un contraste saisissant, inattendu, à l’origine de scénettes tantôt cocasses, tantôt émouvantes.

Une joyeuse équipe de « bouffons professionnels »

Aucune concession n’est faite à la réalité. Les clowns se font parfois martyrisés par des marmots braillards et exigeants, les ados sont parfaitement conformes à l’image communément admise des ados : rebelles et hargneux comme des vieilles pies. Dans ce monde hostile de l’hôpital, les clowns font la conquête des enfants récalcitrants, cassent le matériel, se disputent, en ont ras le bol, en redemandent. Et c’est drôle, c’est irrésistible ! Dans le public, les enfants rient aux éclats et les adultes, sensibles à ces tranches de vie généreuses, ne sont pas en reste. Le rythme est enlevé, mené tambour battant par cette fine équipe de « bouffons professionnels » (ils ont une carte).

Ici, ce n’est pas le malheur des autres qui est donné en spectacle. Ce n’est pas l’action du Rire Médecin qui est glorifiée. C’est un simple moment de théâtre, riche de l’expérience singulière des comédiens-auteurs et remarquablement interprété. Un simple moment de théâtre, qui donne férocement envie de vivre et de rire.

Hors-Piste – Ecriture et mise en scène de Patrick Dordoigne. Dramaturge consultant : Alain Gautré. Comédiens-auteurs : Bruno Gare, Stéphanie Liesenfeld, Margot Mc Laughlin, Doriane Moretus, Vincent Pensuet. Jusqu’au 22 décembre à la Maison des métallos – 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e. 01 47 00 25 20




Le Torticolis de la girafe

17122012

C’est un spectacle frais et plein de vie qui se joue actuellement au théâtre du Rond-Point. Valse électrique, farce originale pour couples improbables, la pièce de Carine Lacroix met en scène huit personnages en quête d’amour et de rencontres. A voir absolument !

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© Giovanni Cittadini Cesi

Phrases courtes, répliques choc, mise en scène suggérée, rythme enlevé… Le torticolisde la girafe parle d’amours échevelés, de corps-à-corps, de rencontres. Sur scène, quatre comédiens – deux hommes et deux femmes – sont propulsés dans la peau de huit personnages et autant de situations rocambolesques. Rien n’est jamais gravé dans le marbre, voilà l’idée. Sur un tour du destin, c’est tout un changement de perspectives qui s’offre à vous.

Des actrices qui portent la pièce

Les comédiens Grégoire Baujat et Mounir Margoum livrent une prestation impeccable, mais ce sont bien Alexie Ribes et Marie Êve Perron, les deux actrices, qui confèrent tout son brio à la pièce.

Mademoiselle Ribes, tout d’abord, est une boule d’énergie exubérante ; une vitalité maîtrisée et si bien chorégraphiée (grâce au travail remarquable de la chorégraphe Sophie Mayer) qu’elle donne envie de danser. Souplesse, légèreté, vivacité, tout y est. Ado dégénérée et un peu ignare, puis caissière névrosée qui étudie « le psychologique », l’actrice mêle savamment justesse et clichés avec une pointe d’émotion enfantine. Bref, Alexie fait honneur à son nom.

Avec son léger accent canadien, Marie Eve Perron est délicieuse. Un brin foldingue et chaussée de bottes en plastique, elle fait de Pépita un charmant personnage courant (littéralement) après l’amour. Mais l’on retiendra surtout la comédienne pour son interprétation de Domi-Do, la muse sublime et rejetée du poète torturé. Belle et lyrique, ses apparitions scéniques sont un pur plaisir.

Un univers décalé et empreint de poésie pour un jeu de l’amour et du hasard frais et entraînant, Le Torticolis de la girafe est un spectacle à ne pas manquer.

Le Torticolis de la girafe au théâtre du Rond-Point (salle Roland Topor), jusqu’au 14 avril 2012 à 18h30. Une pièce de Carine Lacroix, mise en scène par Justine Heynemann. Avec Grégoire Baujat, Mounir Margoum, Marie Êve Perron et Alexie Ribes. Relâche les lundis et le dimanche 8 avril. Réservation au 01 44 95 98 21

 




La Pitié Dangereuse au Lucernaire

17122012

Elodie Menant adapte pour la scène le premier roman de Stefan Zweig, une histoire d’amour sublime et captivante qui questionne sur les dangers de la pitié que nous inspire la souffrance d’autrui. 

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Autriche-Hongrie, 1913. Un jeune officier répondant au nom d’Anton Hofmiller suscite bien malgré lui le fol amour d’Edith Kekesfalva, jeune paralytique et fille d’un riche propriétaire de la région. Pris de compassion, Anton ne peut se résoudre à l’éconduire. Mais l’affaire ne sera pas sans conséquences dramatiques.

Stéphane Olivié Bisson livre ici une mise en scène toute en finesse, mais néanmoins d’une rare intensité. Les costumes oppressants (Anton est engoncé jusqu’au cou dans son habit d’officier, Edith dans une robe de dentelles suffocante) et la lumière blanche et diffuse contribuent à envelopper les protagonistes d’un halo d’irréalité, qui créé une sensation de rêve. Certaines scènes (on pense notamment aux fiançailles d’Edith et Anton, qui ont des allures d’enterrement) ne sont pas sans rappeler les peintures hollandaises du XVIIe siècle.

Et puis il y a ce fauteuil, dans lequel Edith semble perdue tant elle est menue, ce monstre à roulettes dont le dossier ressemble à une œuvre d’art, cette chaise de torture dont le déplacement rythme l’enchaînement des saynètes, qui fait froid dans le dos. Il y a quelque chose de glauque dans ce tableau parfaitement ciselé, mais il n’en reste pas moins magnifique.

Une interprétation magistrale

La rencontre entre Edith, jeune fille assoiffée de vie mais clouée dans un fauteuil, et Anton, lieutenant assoiffé d’héroïsme mais contraint à la vie de garnison, fournit un bel exemple de la confusion des sentiments, thème cher à l’œuvre de Zweig. Elodie Menant, qui a adapté le roman pour la scène, et Arnaud Denissel (en alternance avec Maxime Bailleul) sont tout simplement bluffant. Si la pitié est « une impatience du cœur à se débarrasser le plus vite possible de la pénible émotion qui vous étreint face à la souffrance d’autrui », Arnaud Denissel interprète à la perfection ce déchirement terrible entre l’envie de fuir qui le taraude et son code moral, qui veut qu’il reste. Il se débat comme un insecte pris au piège dans une toile d’araignée, la toile d’amour qu’Edith a tissé autour de lui. Subtilement, il jongle entre pointes d’humour et coups d’éclat, entre légèreté et violence. Son dilemme est visible et poignant.

Que dire d’Elodie Menant, si belle et si angoissante, criante de vérité dans le rôle d’Edith ? La comédienne maîtrise à la perfection l’inertie de ses jambes ; elle tombe, rampe, se traîne avec l’énergie du désespoir, cette même énergie qui créé un sentiment de malaise chez ses partenaires et dans le public. Edith pleine de grâce, pourrait-on dire, dont la sincérité des joies et des pleurs vous broie le cœur. Elodie Menant flanque le frisson, et Stefan Zweig ne renierait pas cette pitié-là.

 La Pitié Dangereuse, d’après le roman de Stefan Zweig. Adaptée par Elodie Menant, mise en scène par Stéphane Olivié Bisson. Avec Arnaud Denissel en alternance avec Maxime Bailleul, Elodie Menant, David Salles en alternance avec Roger Miremont, Jean-Charles Rieznikoff, Salima Glamine en alternance avec Alice Pehlivanyan. Au Lucernaire du mardi au samedi à 21h30. Réservations au 01 45 44 57 34.




Interview : Tarun J. Tejpal

17122012

Après avoir exploré l’ampleur du désir et de la passion dans l’audacieux Loin de Chandigarh (2005), le journaliste indien Tarun J. Tejpal signe un second roman, Histoire de mes assassins. D’une plume acerbe, franche et crue, il livre ici un travail monumental sur la soif de pouvoir, la violence et l’injustice, rappelant au passage que la grande majorité de la population indienne reste encore exclue du développement.

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Lemagazine.info : Le narrateur d’Histoire de mes assassins est directement inspiré de votre expérience de journaliste. Pourtant, il affiche une grande indifférence au monde qui l’entoure. Pourquoi ce choix narratif ?


Tarun J. Tejpal : Mes convictions et mes idées sont effectivement très présentes dans ce livre. Cependant, le narrateur lui-même ne les représente aucunement. En tant que romancier, mon défi était de me glisser dans la peau de tous mes personnages, de vivre leurs opinions de la façon la plus authentique possible. J’ai longtemps lutté pour trouver la voix avec laquelle raconter cette histoire. En effet, je souhaitais aborder toutes les couches de la société indienne : une voix sincère et honnête aurait engendré de banals lieux communs. Quand j’ai imaginé ce narrateur antipathique et désagréable, le livre a commencé à se mettre en place. Cette voix cynique, acariâtre et geignarde m’a permis de désavouer beaucoup de vérités manichéennes et d’idées reçues.


Lemagazine.info : Interrogé à la parution de Loin de Chandigarh, vous avez dit que les femmes étaient « de loin plus intéressantes que les hommes ». Pourquoi Sara, la maîtresse féministe du narrateur, est-elle décrite comme une sotte idéaliste alors qu’elle est précisément celle qui recherche la vérité ?


T.J.T. : Je maintiens ce que j’ai dit. Les femmes sont de loin plus intéressantes et plus consistantes que les hommes. Le futur est entre leurs mains. Cependant, un bon romancier doit être un agent provocateur, un chercheur, quelqu’un qui doute et qui conteste. Sara est perçue à travers les yeux du narrateur : c’est un personnage complexe qui tente de rendre leur dignité aux assassins. Mais elle est également obsédée par sa propre vérité. Cette absence de doutes, cette conviction inébranlable de sa propre infaillibilité me terrifie. Comme nous l’a appris l’Histoire, la certitude de la pureté de certains a conduit à d’atroces perversions. Comme la plupart d’entre nous, Sara est un exaspérant mélange de bon et de mauvais, de louable et de déplorable.


Lemagazine.info : Vous avez vivement critiqué le film de Danny Boyle, Slumdog millionnaire. Pourtant, ce film est lui-même inspiré d’un roman indien, Q&A (2005), de Vikas Swarup…


T.J.T. : Je ne reproche pas au film son large succès commercial. Des films bien moins consistants ont connu ce genre de succès. Par contre, je réfute complètement l’idée selon laquelle ce film brosse un portrait authentique et fidèle de l’Inde. Au contraire, il véhicule un mensonge : les Indiens pauvres auraient une chance de sortir de la misère pour trouver le bonheur et l’opulence. Or, rappelons que le développement de ce pays ne concerne encore qu’un sixième – très urbanisé – de la population. Je trouve donc passablement triste que le monde occidental blanc applaudisse un « film formidable et fidèle à la réalité indienne » réalisé par un homme blanc. Chacun peut réaliser des films sur l’Inde, qu’il soit chinois ou suédois. Du moment qu’il se voit attribuer un mérite en adéquation avec les questions qu’il a réellement soulevées.


Lemagazine.info : À une époque où beaucoup considèrent l’Inde comme une puissance émergente, ce roman est-il une façon de remettre les pendules à l’heure ?


T.J.T. : Je dirais qu’il s’agit d’une quête de l’authenticité. Je souhaite raconter l’histoire de l’Inde telle qu’elle est. Pas comme l’Occident et une certaine catégorie de gens voudraient qu’elle soit. J’ai une estime limitée pour cette littérature indienne, écrite en anglais, qui se contente de brosser un tableau sommaire de la haute société urbaine. L’Inde a désespérément besoin que l’on raconte ses histoires : les écrivains indiens doivent avoir les aptitudes et l’estomac pour le faire.


Lemagazine.info : Loin de Chandigarh était une quête sensorielle, Histoire de mes assassins était donc une quête d’authenticité. Quelle sera votre prochaine étape ?


T.J.T. : Comme je le disais en riant à l’un de mes éditeurs, mon premier livre parlait d’amour, le second de pouvoir. Le prochain, inévitablement, devra aborder la question de Dieu – troisième sommet d’un triangle qui fascine les êtres humains…


Histoire de mes assassins, de Tarun J. Tejpal, Edition Buchet Chastel, 592 pages. En librairie depuis le 3 septembre 2009. 25 €


Retrouvez la version longue de cette interview sur le site d’Audrey Brière http://audreybriere.free.fr/


 




Un esprit, une ambiance, une cuisine !

17122012

Un esprit, une ambiance, une cuisine ! Venez déguster un menu 3 services pour 2 personnes, chez Tartine et Compagnie !

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LES POINTS FORTS

  • Un menu 3 services pour 2 personnes avec un thé offert
  • Entrées, plats et desserts au choix sur toute la carte
  • Une cuisine délicieuse à base de tartines et de cocottes (ex : tartine à la tomme de Savoie, viande des grisons et confit d’oignons…)
  • Pain de la Boulangerie Maës, qui fabrique un pain artisanal de père en fils depuis 1872
  • Une ambiance vitaminée
  • Une déco tendance et design dans un espace ouvert et lumineux
  • Un service au diapason

BON À SAVOIR

  • Un même couple ne peut pas bénéficier plusieurs fois de cette offre
  • Offre valable 3 mois – jusqu’au 24/11/12
  • Hors boissons
  • Coupon valable 7j/7 – lundi, mardi, jeudi, vendredi de 12h à 14h30 et de 19h à 22h30 – mercredi et samedi de 12h à 22h30 – dimanche de 12h à 18h30
  • Sans réservation préalable
  • Informations au 03 20 56 94 47

Un esprit, une ambiance, une cuisine !

Tartine et Compagnie, c’est une ambiance vitaminée, une déco tendance et design dans un espace ouvert et lumineux, le tout associé à un service au diapason. On y mange des cocottes et des tartines. Des tartines ? Cela vaut-il vraiment la peine de sortir de chez soi pour aller manger des tartines ? Sans hésiter, nous vous répondons : OUI. Car on ne parle pas de n’importe quelles tartines !

Pour commencer, le pain utilisé et celui de la Boulangerie Maës, qui fabrique un pain artisanal de père en fils depuis 1872. Un produit de qualité, donc, qui sert de support à des produits élaborés. On obtient ainsi des plats à l’appellation alléchante, comme la tartine à la tomme de Savoie, viande de grison et confit d’oignons, la tartine saumon, crevettes et agrumes ou, pour les gourmands, la tartine poire gingembre et pain d’épices.

Et si ce n’est pas suffisant pour vous séduire (ce dont on doute, permettez-nous), la maison propose également un bel assortiment de cocottes (boeuf, volaille, ravioles …), de salades et de brunchs.

Les desserts ne sont pas en reste. Tartines toujours, mais également moelleux au chocolat ou encore crumble aux pommes viendront sublimer un repas déjà fort réussi. Vous n’aurez plus qu’une idée : y revenir très vite…




LES MISERABLES à Montreuil-sur-Mer !

17122012

Revivez avec émotion le plus grand chef d’oeuvre de Victor Hugo : profitez d’une place pour le spectacle son & lumière LES MISERABLES à Montreuil-sur-Mer !

LES MISERABLES à Montreuil-sur-Mer ! dans Coordination éditoriale miserables

LES POINTS FORTS

  • Une place ADULTE pour le spectacle son & lumière Les Misérables à Montreuil-sur-Mer
  • Placement numéroté
  • Le chef d’oeuvre de Victor Hugo revisité par le metteur en scène Dominique Martens et les habitants de Montreuil-sur-Mer
  • 17e édition d’un spectacle exceptionnel
  • 450 bénévoles – figurants, pyrotechnie, cavalerie, danses originales…
  • Parkings gratuits à proximité
  • Spectacle à la Citadelle de Montreuil-sur-Mer, entre Boulogne-sur-Mer et Abbeville, à 15km du Touquet Paris-Plage et de Berk-sur-Mer

BON À SAVOIR

  • Possibilité d’acheter plusieurs coupons
  • Valable les 29 et 30 juillet 2012 à 22h30
  • Durée du spectacle : 1h30
  • Réservation OBLIGATOIRE auprès de l’Office du Tourisme au 03.21.06.72.45 en précisant la date de votre choix
  • Présentez-vous 30 minutes avant le début de la représentation muni de votre coupon
  • Attention, nombre de coupons limité !

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Vivez la légende

Jean Valjean, Cosette, les Ténardiers… Nul n’ignore le nom de ces personnages légendaires, héros du monumental chef d’oeuvre hugolien. Etudiés depuis les bancs de l’école, Les Misérables ont mille fois été adaptés au théâtre et au cinéma. On ne s’en lasse jamais. Groupolitan vous propose aujourd’hui d’assister à un spectacle son & lumière dans le lieu où, précisément, se déroule une partie de ce roman intemporel.

Introspection

Le 4 septembre 1837, Victor Hugo se promène sur les remparts de Montreuil-Sur-Mer… Quelques années plus tard, c’est dans cette cité qu’il situe l’essentiel de la première partie de son célèbre roman Les Misérables.

Aujourd’hui, le temps d’un spectacle son et lumière, quelques 450 figurants et techniciens endossent à la fois les costumes de leurs ancêtres et ceux des personnages du roman. Les destins de Fantine, Javert, Jean Valjean, Cosette et les Thénardiers se croisent dans le cadre mystérieux de la citadelle…
Car c’est bien à Montreuil sur Mer que se situe le noeud du roman ! Dans cette petite ville, Fantine, la mère de Cosette, va croiser le chemin de Monsieur Madeleine, le maire de l’endroit. L’une sombre dans la déchéance, le second est un ancien forçat qui tente de se racheter (Jean Valjean). Tandis que Fantine se meurt, elle fait promettre à son bienfaiteur de prendre soin de son enfant, la douce Cosette…
Aujourd’hui, le temps d’un spectacle, les Misérables font revivre Montreuil. Les habitants, par centaine, endossent tout à la fois les costumes de leurs ancêtres et ceux des personnages du roman. Réalité et fiction se mêlent, histoire et rêve se chevauchent, dans le cadre mystérieux de la citadelle…
Au-delà du formidable pari artistique, l’aventure des misérables permet de valoriser le travail de centaines de bénévoles de Montreuil et de sa région. Véritable lien social, ce spectacle veut être celui de ces artistes amateurs. Ensemble, ils ont créé les costumes, les accessoires ; ensemble ils ont monté les régies son et lumière ; ensemble ils ont organisé, préparé, répété… Peu à peu, le spectacle est devenu leur spectacle. Sa force est là.

La naissance des Misérables

Poète romantique, dramaturge et auteur de romans mythiques, Victor Hugo fut, de son vivant, le plus populaire des écrivains et un grand défenseur de la République. Fortement préoccupé par les problèmes sociaux de son époque, il commence la rédaction de ce roman fleuve en 1845. Interrompu en 1848 par la Révolution, il ne reprendra l’ouvrage qu’en 1860. C’est en 1862, à Hauteville, qu’il en appose le point final et signe son célébrissime prologue.




Interview : Zoé Valdés

16122012

Romancière et poétesse cubaine, Zoé Valdès est née à la Havane en 1959, l’année où Fidel Castro a pris le pouvoir. Dans l’un de ses premiers livres, Le Néant quotidien (1995), elle dénonçait les faillites économiques de la Révolution et les privations de liberté. Depuis, elle a été déclarée persona non grata et vit en exil à Paris. À l’heure du dégel des relations entre les Etats-Unis et l’un des derniers Etats communistes, elle revient sur sa féroce opposition au régime castriste.

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Photo : Luna Vega.

Le Magazine.info : Dans quelles circonstances avez-vous quitté Cuba ?

Zoé Valdés : Je suis partie le 22 janvier 1995, quelques mois après la crise des Balseros – du nom de ces Cubains qui fuyaient le pays dans des embarcations de fortune. Après la chute de l’URSS, l’île était entrée dans ce que le gouvernement appelait la « période spéciale ». 1994 en fut la pire année. La population devait faire face à de graves problèmes politiques et économiques. Mon mari était dissident et je travaillais dans une revue de cinéma fortement contrôlée par le pouvoir. Je n’étais pas libre d’écrire ce que je voulais. À cette époque, mon roman Le néant quotidien, qui avait été censuré à Cuba pour attaque à la sécurité nationale, sortait en France. Dans ce contexte, j’ai décidé de rester à Paris.

Le Magazine.info : Quel genre de pressions subissiez-vous ?

Zoé Valdés : Celles d’un régime totalitaire : censure et délation. Je recevais régulièrement des visites de la police à mon domicile. Le gouvernement faisait pression pour que je communique des informations sur les artistes avec lesquels je travaillais ou sur mes proches. Et combien de fois ne m’a-t-on pas empêchée de publier un article sous prétexte qu’il évoquait le monde capitaliste ? Je ne saurais dire. Je devais sans cesse me battre pour défendre mes points de vue.

Le Magazine.info : Avez-vous des contacts avec des dissidents restés sur place ?

Zoé Valdés : Bien sûr. Ce sont des amis, des gens qui gênent et que je soutiens avec ma parole et mes idées dès que je le peux. Ils sont artistes, bloggers surtout : Yoani Sanchez, Claudia Cadelo, etc. D’autres sont en résidence surveillée, en grève de la faim forcée puisque même sortir pour faire des courses leur est interdit.

Le Magazine.info : On attribue à Fidel Castro certaines réussites sociales, notamment en matière sanitaire. Réussites que vous balayez d’un revers de plume dans votre livre, La Fiction Fidel (2009)…

Zoé Valdés : Essayez donc de taper « hospitales cubanos » sur un moteur de recherche Internet, vous serez terrifié par les images qui apparaîtront. Non seulement la situation matérielle est déplorable, mais l’état d’abandon et de détresse des malades est alarmant. En l’occurrence, j’ai moi-même accompagné Daniel Mermet (journaliste de France Inter, NDLR) dans un hôpital, dans les années 1990. Nous étions entrés discrètement, on nous a sortis rapidement. Mais son assistante, Zoé Varier, a pu prendre quelques photos. Par la suite, Daniel Mermet a fait une émission sur Cuba très importante. Heureusement qu’il y a des gens comme lui qui vont sur le terrain pour constater la vérité : les hôpitaux à touristes de La Havane ne sont pas le lot quotidien du Cubain moyen.

Le Magazine.info : En février 2008, le pouvoir a glissé des mains de Fidel à celles de Raúl. Quelles sont les perspectives pour l’avenir de Cuba selon vous ?

Zoé Valdés : Il s’agit là d’une succession dynastique castro-communiste. Rien n’a changé depuis que Raúl est à la tête de l’État : sur les 75 dissidents cubains arrêtés en 2003, 53 sont toujours sous les verrous. Les journalistes et les opposants continuent d’être constamment privés de liberté. Beaucoup sont encore en exil. Tout cela arrive encore et personne n’en parle ! Il y a quelques jours, on a fêté la chute du Mur de Berlin, on a dit que le communisme était mort. Vraiment ? Pourquoi le nom de Cuba n’a-t-il pas été mentionné ?

Le Magazine.info : Au regard de ces récents changements à Cuba, l’Union européenne et les États-Unis souhaitent aujourd’hui normaliser leurs relations. Sachant que vous êtes toujours en exil, que vous inspire cette politique de rapprochement des pays occidentaux dans lesquels vous avez trouvé refuge ?

Zoé Valdés : Je crois qu’il s’agit surtout de promouvoir des relations économiques et commerciales. Les hommes d’affaires espagnols, français, canadiens et américains veulent profiter de la pauvreté cubaine pour s’approprier ce qui ne leur appartient pas. Il n’y a nulle autre justification qui tienne la route. C’est une question d’argent.

Le Magazine.info : Mais est-il arrivé que des personnalités politiques françaises prennent ouvertement position contre votre discours ?

Zoé Valdés : Vous savez, en France, on est très hypocrite. À chaque fois que je rencontre Jack Lang, par exemple, il se montre très souriant et se dit parfaitement d’accord avec moi. Cependant il multiplie par ailleurs les déclarations qui évoquent les acquis sociaux de la Révolution, le genre de discours qu’on entend depuis des années. Des mensonges.

Le Magazine.info : Malgré les atteintes aux droits de l’homme, la révolution cubaine garde une image assez romantique en Europe et aux Etats-Unis. Que cela vous inspire-t-il ?

Zoé Valdés : L’idéal révolutionnaire ne m’intéresse pas. Seule la révolution artistique compte. Que ce soit en littérature, en musique, en art, les choses nouvelles me touchent avec une force extraordinaire. Les révolutions sociales font beaucoup de mal, tuent beaucoup de gens et ne changent rien du tout. Je ne crois qu’en la démocratie – même si elle est imparfaite. J’ai vécu les cinquante années de révolution à Cuba et je peux vous dire en vous regardant dans les yeux que c’est une chose terrible pour l’être humain. Seuls les puissants obtiennent des avantages. Une révolution ne peut pas durer cinquante ans.




Le Récit des Fous

15122012

Pourquoi faut-il lire « Le récit des fous » ? La raison est si simple qu’elle fait sourire : pour garder toute sa tête. Notre monde à dormir debout donne de temps en temps un tel vertige pour qui veut bien le démêler que l’assistance d’une jeune et mûre écrivaine soulage.

Audrey Brière nous implique dans la touffeur de l’Inde coloniale. nous immisce dans les confins glacés de l’URSS. nous malmène dans la poudrière anglo-irlandaise et nous élève au-dessus de Pearl Harbor. L’Histoire, vue par elle, a de la fièvre, une forte fièvre.Chaque nouvelle souffle un vent héroïque au contact duquel d’intrépides jeunes femmes se mettent à créer leur sens de la vie. Il s’agit là de ne pas chavirer sous le vent et moins encore sous la pression de la folie ambiante.

Le Récit des Fous dans Publication - Nouvelles 9782352166528fs




Les Franglaises par les Tistics

15122012

Après l’Olympia l’an passé et une tournée dans toute la France, la troupe des Tistics reprend Les Franglaises à la Pépinière théâtre. Un spectacle délirant, plein de bonne humeur et de générosité, mêlant humour, musique, théâtre et danse. Un véritable coup de cœur.

Le principe des Franglaises est simple : chanter des tubes anglo-saxons traduits littéralement en français, un peu à la façon des traductions automatiques d’Internet, l’espièglerie en plus. Ainsi, le spectateur redécouvre des titres incontournables… différemment ! L’exercice met en lumières des paroles ô combien niaises ou sans queue ni tête. De la marine des Village People à l’hôtel Californie des Eagles, en passant par les niaiseries des Rolling Stones, Abba, Michael Jackson, Dire Straits, le résultat est tout simplement hilarant.

Les Franglaises par les Tistics dans Critiques index-lesfranglaises3

© DR

Pour que la chanson commence, il faut qu’un spectateur en devine le titre après récitation du premier couplet en français littéral. Les réactions ne se font pas attendre. Le public se prend au jeu et découvre la face cachée de ces chansons que chacun a déjà fredonnées sous la douche, au moins une fois… Un exemple ? « Billie Jean n’est pas mon amante. C’est juste une fille qui clame que je suis le un mais le gosse n’est pas mon fils », célèbre tube de Michel Fils-de-Jacques. Rien que ça.

Les chansons, agrémentées d’arrangements vocaux originaux, sont soutenues par des chorégraphies aussi soignées que décalées. Les artistes, tous jeunes et bourrés de talent, maîtrisent avec brio le chant, la danse et l’ironie. Avec ce spectacle, qui se situe entre l’hommage aux incunables du rock et la moquerie malicieuse, les Tistics détournent avec talent la pop-culture souveraine pour nous offrir une revue irrésistiblement drôle.

Les Franglaises par les Tistics, du mardi au samedi à 21 heures à la Pépinière Théâtre, 7 rue Louis le Grand, Paris 2e – 01 42 61 44 16




Xinran, l’oreille et le cœur des Chinoises

15122012

Avant de prendre congé de Yao Popo, une femme médecin rencontrée par hasard sur les marches de sa boutique délabrée de Xingyi, dans le sud de la Chine millénaire, Xinran lui demande quels sont les souvenirs les plus douloureux et les plus heureux de sa vie. Yao Popo ne tergiverse pas : grandir sans parents et sans maison fut certainement la période la plus triste de sa vie. Mais quelle importance, puisque ses sept enfants ont survécu à la grande famine des années cinquante et qu’elle a observé, jour après jour, le monde changer ?

Xinran, l’oreille et le cœur des Chinoises dans Interviews et Portraits xinrans-in-1992

Certaines histoires n’ont jamais été racontées. La journaliste et auteure Xinran y remédie brillamment avec son dernier livre, China Witness. À l’aube d’un siècle nouveau, elle a parcouru la Chine d’ouest en est, entre le fleuve Jaune et le Yangtze, pour recueillir les récits de vie des grands-parents et des arrières grands-parents, derniers témoins de tous les bouleversements qu’a connu la Chine au XXème siècle : l’effondrement du système féodal en 1912 ; les luttes entre seigneurs de la guerre ; l’affrontement entre la Chine et le Japon, puis la Seconde Guerre mondiale ; la guerre civile jusqu’à l’arrivée de Mao en 1949 ; la guerre de Corée, la réforme agraire, l’invasion du Tibet et le Grand Bond en avant dans les années cinquante ; et enfin la Révolution culturelle. Des professeurs à la retraire, des gardes rouges, un acrobate, un cireur de chaussures… Xinran rend hommage à cette génération de Chinois née dans un système féodal et entrée dans le XXIème siècle au sein d’une nation moderne et puissante, forte de plus d’un milliard d’individus.

Ce nouvel ouvrage s’inscrit dans la continuité du travail de Xinran. Dotée d’une plume énergique et légère, la journaliste a entrepris de faire la lumière sur son pays natal. Ses études d’anglais, de Relations internationales, d’informatique et de droit dans un orphelinat militaire lui ont ouvert les portes, dans les années quatre-vingt, de la radio publique chinoise. Xinran se voit confier la gestion de débats éducatifs sur les ondes, avec pour consigne d’éviter soigneusement les sujets interdits. Rapidement, elle présente l’émission qui la rendra célèbre, Mots sur la brise nocturne. Pendant huit ans, Xinran invitent les Chinoises à raconter leur histoire, sans tabou aucun, rompant le silence ancestral dans lequel elles étaient enfermées. De ces expériences, elle tirera Chinoises (2002), Funérailles célestes (2004) et Baguettes Chinoises (2007).

L’auteure vit aujourd’hui en Angleterre. Deux fois par mois, elle publie une colonne dans The Guardiansur les questions relatives à la Chine et tient le rôle de conseiller aux relations avec la Chine pour de grandes sociétés telles que la BBC. En 2004, elle a fondé une association, Mothers’ Bridge of Love (MBL), basée en Angleterre, qui se consacre aux enfants chinois. Elle a accepté de revenir sur son parcours.

Audrey Brière : Vous avez fait votre éducation à une époque où l’information était fortement contrôlée par le pouvoir. Quel a été votre sentiment en découvrant que leur réalité ne correspondait en rien à ce que vous aviez pu lire ? Cela a-t-il été déterminant pour votre carrière de journaliste ?

Xinran : Jusqu’en 1988, j’ai grandi avec pour seule fenêtre sur le monde les médias et les livres. J’ignorais ce que pouvait être la réalité de la vie dans les campagnes. Par la suite, la différence entre mes lectures et les expériences que j’ai vécues m’a fait m’interroger à propos de cette éducation que j’avais reçue… Depuis lors, mon opinion a changé. Je recherche les faits avant tout. J’ai également réalisé que je devais acquérir suffisamment de connaissances et d’informations pour exercer honnêtement le métier de journalisme.

A.B. : L’intimité des individus a toujours été tabou en Chine. Qu’y a-t-il en vous qui a finalement poussé les femmes à vous faire confiance ?

XR : À l’époque de mon émission de radio,Mots sur la brise nocturne, il existait quatre types de “besoins humains” dont on n’avait pas le droit de parler : la religion, le système judiciaire, la liberté de la presse et la sexualité. Dans les années 1980, il était terriblement difficile pour les journalistes d’essayer d’ouvrir les débats. Que voulait dire “ouvrir”, et jusqu’où pouvait-on aller ? Les journalistes n’étaient pas assez éduqués pour soutenir ces améliorations, la Révolution culturelle ayant stoppé tout système éducatif pendant quinze ans. Nous étions tellement nerveux, nous ne savions pas comment présenter mon nouveau programme, qui devait être diffusé entre vingt-deux heures et minuit. Dans mon émission, je leur ai parlé de moi, de ma vie en tant que fille, puis en tant que mère, leur faisant sentir que j’étais l’une des leurs. Mon enfance douloureuse fut la première étape pour comprendre la souffrance des autres femmes. Trois semaines après le début de l’émission, je recevais cent lettres par jour. J’ai été choquée de me rendre combien ces femmes se sentaient coupables, perdues. Leur amour, leur confiance et leurs luttes m’ont encouragée à continuer. Bien vite, je suis allée à la campagne passer du temps avec elles et j’ai appris humblement, à leurs côtés, comment vivre différemment au quotidien. Écouter m’a permis de gagner la confiance de beaucoup.

A.B. : J’imagine que vous avez rencontré des difficultés pour imposer votre émission. Pourtant, votre supérieur est rapidement devenu un grand fan ! Quels ont été vos soutiens et de vos détracteurs ?

XR : Mon premier directeur était un homme sage et courageux. Quand je lui ai demandé la permission de voyager à la campagne, il m’a dit : “vas-y Xinran, pour découvrir la vérité et confirmer tes croyances. Un bon journaliste ne devrait pas se contenter de rester assis à son bureau et de collecter les informations dans les journaux ou au téléphone. Il faut aller voir soi-même ce qu’il en est, de ses propres yeux. Mais n’en parle pas trop autour de toi, ce n’est pas le bon moment pour demander aux gens de comprendre et d’aller dans notre sens. Les Chinois ont besoin de temps pour se réveiller et de lever après un si long hiver”. Pourtant, il m’a lui-même posé beaucoup de questions sur l’histoire et les croyances occidentales… En privé, nous discutions les idéaux de Mao. Nous sommes devenus bons amis, guidés par notre passion commune : découvrir la vérité pour notre peuple. À part lui, beaucoup de policiers m’ont aidée, de différentes manières. En tant que femme et journaliste de terrain, je ne pouvais aller à la rencontre des gens et collecter leurs histoires sans leur soutien et leur protection. Quant à mes collègues, ils ne savaient pas vraiment ce que je faisais, mais ils me voyaient revenir avec des histoires et beaucoup d’entre eux m’ont aidée en silence. Ils m’ont permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui.

A.B. : Vous avez quitté la Chine car vous commenciez à vous y sentir inutile. Ce sentiment a-t-il disparu une fois en Angleterre ? Pensez-vous aujourd’hui que votre travail de journaliste contribue au développement de la Chine et à la compréhension de ce pays ?

XR : Merci pour cette question, car elle va me donner l’occasion de m’exprimer sur un point bien particulier. L’ignorance de certains médias occidentaux sur la Chine d’aujourd’hui est néfaste pour les jeunes Chinois, qui ont tendance à ne plus croire en la démocratie. Les Occidentaux ignorent la souffrance qui a été celle des Chinois pendant des centaines d’années, jusque dans les années 1980. Trente ans, c’est peu de temps pour qu’une nation, même apaisée, change sa mentalité, apprenne la liberté et la démocratie, apprenne aussi comment se comporter avec le Tibet et les Tibétains. Ce monde ne connaîtra jamais la paix si nous ne donnons pas aux gens toutes les informations dont ils ont besoin pour faire un choix et se tourner ensuite vers la démocratie et un avenir pacifié. Cela est vrai partout dans le monde. En tant que journaliste chinoise, je me suis battue contre la censure de nombreuses années, avant de déménager à Londres en 1997. À présent, je ressens de nouveau ce sentiment de lutte, mais ici, à l’Ouest, je lutte contre l’ignorance. Il s’agit de ne pas produire plus d’écrans de fumée qu’il n’en existe déjà, car ces écrans engendrent la haine. La seule lumière de la compréhension peut vaincre cela.

A.B. : Votre association, Mothers’ Bridge of Love, vient en aide aux enfants chinois qui ont grandi à l’étranger et qui s’interrogent sur leur culture. Qu’est-ce qui a motivé la création de cette association ?

XR : Depuis la publication de mon premier livre, Chinoises, je reçois des lettres de femmes du monde entier. Certaines sont les mères adoptives d’enfants chinois, d’autres sont des mères chinoises. Toutes se sentaient concernées par les mêmes questions : depuis 1995, plus de 55 000 familles occidentales ont adopté des orphelins chinois ; beaucoup d’enfants, aujourd’hui, demandent pourquoi leur mère chinoise n’a pas voulu d’eux. 50% des Chinois vivent dans la pauvreté et beaucoup d’enfants ne jouissent pas du droit d’aller à l’école. Les enfants adoptés en Occident se posent beaucoup de questions sur leur culture d’origine, etc. J’ai donc décidé de créer Mothers’ Bridge of Love pour aider ces femmes, leurs enfants, ainsi que tous les enfants victimes de la pauvreté en Chine. Pour répondre à leurs questions, pour construire un pont entre la Chine et le reste du monde, entre les riches et les pauvres, entre la culture d’origine et la culture d’adoption.

A.B. : Peut-on faire un parallèle entre ce besoin d’expliquer la culture de l’un à l’autre et les difficultés d’intégration que vous-même avez rencontré en arrivant en Angleterre ?

XR : Beaucoup de coutumes chinoises et occidentales sont radicalement différentes, pour ne pas dire complètement opposées. Pour beaucoup de gens, la compréhension d’une culture différente de la leur se fait par le biais de leurs propres coutumes. Pour un Chinois, dire à une personne âgée qu’elle a l’air terriblement faible et fatiguée est une marque de respect, en référence au fait que la personne travaille dur mais prend quand même le temps de socialiser. L’éditeur de mon livre n’a pas cessé de me demander pourquoi je me montrais si impolie avec mes interviewés ! Beaucoup de choses sont difficiles à transcrire d’une culture à l’autre, mais j’ai essayé de construire un pont entre les deux.

A.B. : Vous dîtes tout ce qu’il y a à dire en peu de mots, vous allez au fond de choses graves sur un ton léger et poétique… Quelles sont vos inspirations, vos auteurs favoris ?

XR : Les écrits de Victor Hugo guident ma pensée et ma plume. J’aime Cao Xueqin, l’auteur de The Dream of the Red Chamber. Le livre retrace, avec réalisme, la montée puis la chute de quatre grands clans aristocratiques durant la dernière dynastie Qing. Avec ses portraits vivants, ses nombreuses références culturelles, son langage exquis, c’est le grand roman de la littérature chinoise.

A.B. : Vous publiez un nouveau roman, China Witness. Dans quelle mesure raconter l’histoire des Anciens permet-il de composer un avenir meilleur ?

XR : J’ai passé l’été 2006 à interviewer un échantillon de la “plus vieille génération” chinoise, des hommes et des femmes aujourd’hui âgés de 70, 80, 90 ans. Ils ont été ceux qui ont combattu les Américains et les puissances occidentales en Corée. Ils sont ceux qui ont expérimenté la création d’un nouveau système politique. Ils ont souffert les coûts des campagnes politiques sans fin, ainsi que les effets de la Révolution culturelle. Ils ont ouvert les portes sur l’Occident, des portes qui étaient restées fermées pendant 5000 ans. Ils ont suivi Den Xiao Ping le Réformateur, puis Mao Zedong le Révolutionnaire. Au cours de leur vie, la Chine est passée du statut de pays agricole, avec une très large population paysanne, à celui d’État moderne, nation d’1,3 milliards d’individus. Elle s’est mise au pas de l’économie de marché, a gagné le respect de la communauté internationale. La Chine est comme un livre monumental, dont les pages intérieures ont été rongées par la guerre, par les bouleversements sociaux et la Révolution culturelle. L’histoire de la restauration d’un esprit national et de la confiance n’a pas encore été écrite. Les générations de vieux Chinois sont les seules qui peuvent témoigner. Leur mémoire contient sans doute la seule version juste de l’histoire de la Chine moderne.

A.B. : Écrirez-vous, un jour, votre propre histoire ?

XR : Oui, je l’écrirai et ce sera mon dernier livre, car ce sera la plus dure à raconter. Aujourd’hui, il m’est trop douloureux de revenir sur mon passé. Je ne suis pas encore assez courageuse pour cela… Pas encore.

Propos recueillis par Audrey Brière

Photos : © DR







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